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21.09.2007

Pour qui a 20 ans

f104c4f8d8d69348096ed652c0410287.jpgPlutôt que de gloser, que nous dit l'histoire ?

Les seuls succès électoraux des contre-révolutionnaires, en France, nous les devons à des peurs populaires: réactions provincialistes, principalement. Et ce ne fut pas suffisant.

Le succès, relatif, de l'Action Française ? Un discours populiste, simpliste, particulièrement violent, au service d'un programme autrement plus difficile d'accès.

A la même époque, en Allemagne, la Konservative Revolution n'avait aucune chance de parvenir au pouvoir sous Weimar. Trop authentique, trop digne, trop radicale - trop peu extrémiste. Le national-socialisme, qui savait effectivement se mettre au niveau des citoyens... oui.

L'Allemagne disposait de centaines de hauts fonctionnaires, révolutionnaires-conservateurs, pour se relever. Combien en avons-nous ? Elle disposait d'une armée, la meilleure d'Europe, la meilleure du monde. La jeunesse allemande s'est engagée dans les Freikorps, et l'Europe leur doit beaucoup. A tort ou a raison, elle s'est battue, elle fut capable de faire la guerre à tout le monde, comme dirait un de nos écrivains. Quelques milliers se sont battus dans les pays Baltes, pour l'Allemagne, pour l'Europe. Et bien avant cela, cette jeunesse était morte en chantant, à Langemarck, comme la nôtre.

La jeune Italie défilait dans Rome. Elle débarquait dans les villages et corrigeait ce qui devait être corrigé - avec de tristes excès -, elle faisait sauter les locaux communistes, elle était fière. Elle était digne de l'histoire. Elle vivait.

Les camelots du Roi n'étaient pas différents, qui bastonnaient du métèque. Et alors ? Il le fallait. Etait-ce digne ? Non, peut-être pas. Il le fallait, et ils vivaient, c'est tout.

Ou est notre jeunesse ? Ou est-elle ? Elle régresse et s'en amuse. Que nous importe d'avoir 10%, 20, 30% de jeunes gens valables, si ce sont de simples attentistes, de petits besogneux ? Ce sont des minables. Il y avait quelques dizaines de jeunes identitaires à Rome, seulement quelques dizaines, devant l'Arc élevé par le Sénat païen au chrétien Constantin. Ce nombre est dérisoire, mais ces jeunes gens sont notre seule jeunesse, et elle mérite plus que notre respect. Sur des millions, quelques dizaines seulement pour se déplacer. Cela n'a rien à voir avec une mauvaise communication des identitaires, cela n'a d'autre explication que notre décadence. Nous sommes faibles, notre jeunesse est faible, et elle aime sa faiblesse.

Il nous fallu une guerre pour revenir au pouvoir, directement ou indirectement, effectivement ou fictivement - peu importe ici les détails. La guerre également, pour nous disperser, opposer ceux qui finalement, partageaient souvent - quoiqu'on en dise - la même vision du monde. Et ensuite ? De Gaulle, du fait d'un contexte tout à fait particulier.

Et après ? Après, rien. Des combats de groupuscules. Nobles souvent, avec des martyrs. Après l'OAS, le néant. Qui se souvient de Bastien-Thiry, de Jean de Brem ? Tout le monde s'en moque. Ce sont des fous, des idiots, des passéistes, des fanatiques; il faut les oublier. Voila ce que pense la jeunesse. Elle ne sait rien, et elle ne veut rien savoir.

Le FN ? Ah, oui, le FN ! 20%. Là encore, réaction provincialiste captée par un discours populiste en dessous de la ceinture. Indigne, discours de sous-hommes, pour les sous-hommes. J'ai milité pour le Front il y a peu, ça ne change rien.

La Droite est incapable d'approcher du pouvoir, dans un régime qui, par définition, s'est instauré contre elle. Revenons aux fondamentaux. A moins de subvertir la démocratie, de se souiller, et finalement, de cesser d'être de Droite. Être de droite, c'est être un vaincu de l'histoire, et ça n'a jamais été plus vrai.

Nous ne sommes pas modernes, réalistes, ou je ne sais quelle autre saloperie. Nous sommes réactionnaires, de nature. Le peuple, lui, est conservateur (je vois Jean-Luc tiquer, mais qu'il me pardonne cette simplification du vocabulaire). Ne l'intéresse que la préservation de son capital, depuis qu'il peut y prétendre. Le peuple qui, d'ailleurs, n'existe plus.

Tout ce que nous prônons s'oppose au sens de l'histoire, à ceci près que nous avons troqué nos balles pour des confettis. Ceux qui méprisent le fascisme n'ont rien compris. A rien. Je ne suis pas fasciste. Je reconnais la grandeur de la tentative, je regarde la tête des jeunes camelots, des jeunes italiens, des jeunes allemands, des jeunes roumains d'alors; je compare. Je les admire. Et maintenant ? Personne ne veut comprendre, n'accepte la lucidité. Les idées n'importent pas, les hommes, seuls, importent. Commençons par là.

Nous sommes porteurs d'un message que la masse ne peut pas recevoir. Pourquoi ? Parce que nous ne vivons pas dans la même humanité. C'est aussi dramatique que cela. Nos idées sont en fait la formulation de besoins existentiels: nous ne sommes pas des idéologues, nous sommes des vivants. Nous avons besoin d'un cadre identitaire (qu'il s'agisse de la région, de la Nation, peu importe ici), d'un Ciel au dessus de nos têtes (peu importe là aussi, ce que l'on y met) et d'une Terre sous nos pieds, d'un passé derrière nous (toujours présent, en nous). Nous avons besoin de modèles, de formes, d'objectifs supérieurs, tout simplement, nous avons besoin de sens. La Révolution fut pour nous une Chute dans la politique. On nous oblige à défendre rationnellement ce qui précède la pensée. On nous oblige à défendre rationnellement, qu'on l'accepte ou non, une hiérarchie des idées, qui est aussi hiérarchie des hommes; une hiérarchie qui n'est pas défendable auprès de tous. Pourquoi ? Parce que chaque homme raisonne avec ses propres possibilités, je veux dire, en fonction de ce qu'il est, au fond de lui. Et il y a des artistes, des soldats, des esclaves, des maîtres, des révolutionnaires, des marginaux, des travailleurs, il y a une infinité de types. Que comprend le consommateur, à celui qui parle du Christ ? Rien, il n'y comprend rien. Mais le croyant a pourtant besoin d'un ordre social autre, d'une vision autre au sommet de l'Etat. Alors que fait-il ? Il fait la révolution, ou il crève. Il a essayé, et maintenant il crève. On ne peut convaincre un imbécile à qui on donne la possibilité de dominer, qu'il est anormal qu'il domine, et qu'il doit céder la place à celui qu'il limite. On ne fait pas comprendre à un consommateur qu'il y a quelque chose au-dessus de la matière.

Pensez-vous vraiment que tout cela intéresse la masse ? Non. Tout simplement parce qu'elle ne peut pas le vivre, donc le comprendre. Il ne s'agit pas d'être d'accord avec nous, dans un premier temps, mais d'avoir nos besoins. Il se trouve que le capitalisme est vainqueur. Notre histoire politique se résume à une série de défaites.

Nous ne sommes pas populaires pour une bonne raison. Nos besoins sont ceux d'hommes et de femmes plus épargnés que le reste de la population par la modernité. Maurras n'était pas populaire, aucunement, mais il savait être populiste, à sa manière. Ou bien, clairement, nous adoptons un discours ethniciste, et il y a là toute une subtilité tactique à développer, en sachant où cela nous conduira peut-être (à des conséquences bien plus intenses qu'un simple résultat électoral), ou bien nous disparaissons.

Finissons-en avec l'emphase. Sauver la France ? Oui, et ? Concrètement, il faut que l'invasion cesse, il faut décoloniser le continent européen. Il faut mettre à terre la société de consommation, en finir avec la déchéance. Autrement dit, il faut redevenir une élite, chacun à sa façon doit se dépasser. Certains ne le veulent pas ? Je dis qu'ils n'ont pas le choix. Je suis devenu ce que je suis - un salaud ou un fou pour certains, je l'accepte - parce que je refuse de m'abaisser à parler comme un métèque, à m'agiter sur place sans chercher la moindre vraie liberté, à me camer à la sexualité insipide (ou tout autre moyen de compensation), à m'habiller comme un singe intelligent ou un petit bourgeois incapable de se donner une forme. Je veux plus, point barre. Et les Anciens avaient plus. Et tous ceux qui tentèrent de faire revivre les Anciens, avaient plus. Voulez-vous que vos gamins soient de véritables débiles ? Plutôt se tirer une balle, être maître de sa vie et le prouver. Tout est fait, dans ce monde, pour qu'un tel scénario catastrophe se réalise: il suffit de regarder les gens, dans n'importe quel centre-ville, pour voir que ce n'est pas ici l'extrémisme qui parle, mais la lucidité.

Il n'y a pas de solution ? Les derniers vieux romains, lors de la prise de Rome par Alaric, n'en avaient pas non plus. Nous sommes dans la même situation. En fait, notre situation est encore pire. Toutes ces discussions 'stratégiques' n'ont aucun sens. Aucun. La seule stratégie a adopter est populiste, certainement pas populaire. Le peuple a surtout besoin de mourir de faim pour retrouver le sens des réalités.

Que voulez-vous ? Que nous menions une vie de blatte ? Que nous menions tous une vie de sous-homme ? Tout cela, en attendant l'homme providentiel, le Sursaut, le Grand Soir, l'Aurore ? Le seul espoir, c'est nous, aidés par le pourrissement de la situation. C'est nous, si nous acceptons de regarder la vérité en face. Jeanne sauva la France au nom du Christ, parce qu'il y avait la France, et parce que l'on connaissait encore le nom de Christ.

Que sont ces discussions ? Vaines, irréalistes. Faiblesse, idiotie. Des gamins qui jouent à la marelle. Bien sur, je sais ce que l'on me dira: extrémisme, impolitisme, folie. Réponse facile, minable, sans intérêt, voila ce que j'en pense. Si nous sommes ici, tous, c'est que quelque chose en nous reste du vieux monde, du vrai monde. C'est la seule chose qui importe. Reste à en tirer toutes les conclusions. Et pour qui a 20 ans, il n'y a pas à les discuter; devenir maître de soi, avant d'être maîtres des peuples.

Commentaires

Nous cherchons plus, nous vivons dans l'héritage de la sur-humanité, dans un monde qui cherche la facilité et le bien-être physique : vous avez tout dit en peu de mots. Il ne peut y avoir de victoire, nous ne pouvons rompre notre isolement, tant que ce monde ne se sera pas effondré.

Ecrit par : Amaury | 24.09.2007

Mais pourquoi faudrait-il "rompre notre isolement"? La marque des élites c'est justement de savoir se passer de la plèbe. C'est accepter les conséquences d'une certaine supériorité : la solitude...

Ecrit par : IVANE | 25.09.2007

Il serait bon de rompre notre isolement parce qu'une aristocratie à contre-courant est à terme condamnée, et avec elle ses valeurs ; l'aristocratie, ce sont les meilleurs, ceux qui n'ont pas peur de la souffrance, ceux qui savent oublier leur individualité pour tenir leur persona. L'aristocratie oriente, guide, donne à voir l'exemplarité et l'esprit de sacrifice, à ceux qui, moins déterminés, marchent néanmoins dans le même sens, parce qu'ils sont emprunts d'une vision du monde proche sinon identique.
Isolés, ce type d'hommes n'est plus une aristocratie, mais une rebellion perdue. A moins qu'un jour, ne se reconstitue une marche autour d'eux...

Ecrit par : Amaury | 25.09.2007

Prière de ne pas relancer cette querelle quasi-théologique, chers amis !

Si cela vous intéresse, des audios devraient très bientôt être mis en ligne, à propos de Julius Evola: l'homme, l'oeuvre, l'apport. Réalisés, je pense, avec mes collègues étudiants. A suivre.

Ecrit par : Metanoïa | 25.09.2007

Texte remarquable.
Qui êtes-vous, pour oser écrire des choses aussi belles, aussi tristes, aussi désespérées ?
A vous lire, si je reste cohérent avec ma propre pensée, je ne peux plus que faire deux choses: 1) vous approuver sans réserve 2) me suicider.
Il est vrai que je n'ai pas 20 ans, mais 57... j'ai connu autre chose, une autre planète, une autre culture. Moi aussi je vois avec tristesse tout ce que nous avons perdu.
Je pense que nous pouvons le regagner; et là encore, je vous approuve: ce n'est pas en nous isolant qu'on y parviendra, ce n'est pas dans les rites d'une aristocratie glacée que se trouve la solution. Il nous faut descendre dans le peuple, vivre au milieu des plus déshérités (de la pensée), être Saint Dominique plutôt que Simon de Montfort (nous n'en aurions plus les moyens, de toute façon !).
Merci pour ce beau texte.
Richard

Ecrit par : Richard BACH | 06.11.2007

Bonsoir Richard !

Je vais prendre le temps de vous répondre dans les jours à venir.

Ecrit par : Metanoïa | 06.11.2007

Bonjour Metanoïa,

Bel article, votre site a été ajouté à la communauté de l'Absinthe du Hussard, je vous remercie de faire de même.

Amitiés.

Pierre Saint Servant

Ecrit par : Absinthe Hussard | 09.11.2007

Je viens de découvrir votre excellent blog et j'ai lu avec intérêt cet article fort pertinent. Curieusement, j'ai pondu avant-hier un texte qui reprend les mêmes thèmes; iil s'agit là d'une coïncidence significative, le hasard n'existant pas, comme vous le savez. Ce texte se propose d'expliquer à nos amis la présence de la revue Hyperborée magazine http://hyperboreemagazine.fr dans le paysage médiatique; mais je n'ai pas d'adresse électronique où envoyer cette p.j. Amicalement Pierre-Emile Blairon

Ecrit par : P.E.Blairon | 08.12.2007

Je vous ai écrit le 6/11/2007. Vous m'aviez promis une réponse...
R. BACH

Ecrit par : Richard BACH | 29.01.2008

On ne peut qu'être admiratif devant un tel talent pour l'écriture. Et n'être que d'accord avec ces propos. Je tacherai de vous lire bien plus souvent si je le peux.

Cordialement

Thomas

Ecrit par : Thomas | 06.06.2008

Tu as pris ta retraite de bloggeur, Metanoïa ?
En tout cas, s'il te dit de commettre un texte de temps en temps chez moi, tu es la bienvenue. ^

Ecrit par : Alceste | 20.06.2008

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